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Le lieu et l’homme

L’histoire d’Azrowadôme

Celle de Mhamed Bihmedn, un enfant de la vallée d’Ammeln parti presque sans rien, qui a traversé les langues et les frontières avant de revenir bâtir, dans son village, une maison ouverte au monde entier.

Le nom

Un rocher, un dôme, et le parfum de la pierre

AzrowaDo, le nom du village, signifie « le parfum de la pierre ». De là vient Azrowadôme : « Azro », le rocher en amazigh, auquel Mhamed a ajouté l’image du dôme. Le rocher qui porte le dôme, la terre qui s’élève.

Le dôme fait écho, sans le copier, au Dôme du Rocher de Jérusalem, cette ville où des cultures et des croyances ont longtemps vécu côte à côte. Car pour Mhamed, au-delà des directions et des origines, nous cherchons tous la même chose : la paix, la dignité, et une vie où l’on peut s’épanouir. Le véritable dôme qu’il a voulu bâtir n’est pas celui que l’on voit : c’est celui qui se construit entre les êtres humains.

De la vallée d’Ammeln à Tanger l’Internationale

Mhamed naît dans les années 1950 au village d’AzrowaDo, près de Tafraout, dans une famille amazighe modeste. Enfant pieds nus des montagnes roses de l’Anti-Atlas, il garde de ces années le souvenir des amandiers en fleurs, des pierres et d’une langue, la sienne.

À cinq ans, il rejoint son père à Tanger, ville cosmopolite où l’on parlait arabe, français, espagnol et anglais. L’épicerie familiale, au cœur d’un quartier populaire, était entourée d’une mosquée, d’une église, d’une synagogue et d’un marché : toutes les cultures s’y côtoyaient au quotidien. C’est là, tout jeune, qu’il apprend à regarder les gens dans les yeux plutôt qu’à les juger.

Cinquante-quatre années en Belgique

Dans les années 1970, Mhamed part en Belgique. Il commence par les petits métiers : livreur de lait, porteur de charbon, coup de main chez les fermiers. Les sœurs des Sacrés-Cœurs l’aident, une dame généreuse lui offre son permis de conduire. Chaque rencontre devient une pierre posée sur son chemin.

De l’apprentissage à l’atelier, il finit par reprendre la serrurerie où il avait débuté : ce sera Euro Serrures, aujourd’hui l’une des plus reconnues de Bruxelles. En parallèle, il anime une émission de radio en tamazight, crée une association culturelle et accueille les grands artistes amazighs de passage. Loin de sa terre, il n’a jamais coupé le fil qui le reliait au village.

Le retour, et la naissance d’Azrowadôme

De retour au pays, Mhamed décide de bâtir, sur la terre ancestrale de sa famille, un lieu à l’image de ce qu’il a compris au fil de sa vie : une maison ouverte, où chacun entre sans qu’on lui demande d’où il vient. Un lieu qui redonne aux femmes leur place pleine et entière, où elles s’asseyent, parlent et rient librement.

Peu à peu, les pas sont venus : des gens d’ici, puis d’ailleurs. Mhamed y a rassemblé des drapeaux du monde entier et des œuvres venues de partout, jusqu’à une statue de Beethoven, pour rappeler que la création humaine dépasse les frontières. Azrowadôme n’est pas un musée : c’est une respiration, un passage entre ce qui était et ce qui peut devenir. Il n’appartient à personne, sinon à ceux qui osent y entrer et qui, en repartant, ne sont plus tout à fait les mêmes.